Je reprends du service pour défendre un homme politique de grande valeur dans la tourmente

mars 6, 2010

Le Congressman Eric Massa, de l’Etat de New York est actuellement plongé dans une affaire de mœurs des plus détestables. Cette affaire nous rappelle d’ailleurs à nous Français en quoi nos deux cultures politiques sont si différentes.  Massa est sous le coup d’une plainte pour harcèlement sexuel déposé par un jeune membre de son staff. Cette plainte a été transmise au House Committee of Ethics et est en train d’être examiné.

Alors il y a une investigation et je ne veux pas minoré la gravité des faits qui sont en cause. Mais cette ville a un certain esprit pervers. Elle détruit les affranchis, les Mavericks, les esprits indépendants.  Car en effet je crois à la cabale politique dans cette affaire. Massa était connu pour avoir voulu faire de la politique autrement et ne s’était pas fait beaucoup d’amis en agissant de la sorte. Il avait pris une position vigoureuse contre la Guerre en Afghanistan, réclamait une réforme de la Santé qui aille beaucoup plus loin, ne croyait pas en l’efficacité de Cap and Trade pour lutter contre les émissions de GES…

Selon lui on aurait même , du côté démocrate, laissé filer cette info afin d’éliminer le dernier opposant à la réforme du Health Care. Il raconte l’histoire d’une confrontation dans la douche de la salle de gym avec Rahm Emanuel. Rahm lui reproche de ne pas avoir voté le budget. Je mets au défie quiconque d’avoir un argumentaire en habit d’ève sur le budget. Iil y vraiment quelque chose d’embarrassant dans cette scène.

L’homme est un homo novus en politique et la vieille politique Washingtonienne ne tolère pas qu’un nouvel arrivant brille par ses coups d’éclat médiatique. Au cours de son premier mandat, un représentant doit se taire et apprendre. Mais pour Massa une survie politique, qui plus est dans un district à majorité hostile, passe par des positions fortes. L’équation était simple. Se taire et ne faire qu’un mandat ou être un Maverick et s’offrir une chance de séduire les électeurs indépendants. Regardons seulement la cote dont il disposait auprès des donateurs. Il était parmi les freshmans qui avaient réussi à récolter le plus de fonds en 1 an.

Il démissionnera lundi de son mandat de Représentant. Il avait déjà annoncé il y a deux semaines que pour des raisons médicales il ne se représenterait pas en novembre prochain. Mais nulle n’est dupe. L’annonce de la retraite de Massa coïncide avec le dépôt de plainte. Je savais l’élu malade mais de là à abandonner un combat, c’était mal connaître le personnage.

Le monde politique américain ne se rend probablement pas compte qu’il perd là un de ses membres les plus intègres, un patriote qui aura fait plus en un an et demi que bon nombre de représentants en 10 ans.

Obama passe une pilule aux Républicains

février 2, 2010

Vendredi dernier se tenait une rencontre entre le Président et les représentants républicains de la Chambre. Une rencontre qui rappelle le Question Time du Parlement Britannique et qui se veut le point de départ d’un dialogue bipartisan renforcé.

Tous les commentateurs politiques ont félicité le Président pour sa grandiloquence, ses ouvertures au dialogue et la tenue d’un débat rationnel. On avait en face de nous un président informé, relax, sympathique. Ceci était certainement un des grands moments de son mandat. Je dis en face de nous car les organisateurs du débat (en l’occurrence républicains) n’ont pas pensé à mettre une camera dans la salle pour filmer les intervenants.

En effet il semble que l’ouverture à la presse n’ait été obtenue par la Maison Blanche que quelques minutes avant le début du débat. Dans la précipitation il n’a donc pas été prévu une seconde camera et on a eu pendant une heure un gros plan sur le Président Obama. Ses adversaires Républicains étaient comme des voix désincarnés perdus dans l’ombre d’une salle de conférence. Or l’effet produit par cette erreur a été sans aucun doute de renforcer le succès d’Obama.

Quel candidat pour les républicains en 2012 ?

février 1, 2010

On croirait à entendre les medias US que Sarah Palin est la prétendante la plus sérieuse pour 2012. Son nouveau statut de correspondante sur Fox News la rend en effet omnipresente dans les medias et l’inscrit dans l’esprit des américains. Seulement si on se fie aux derniers chiffres annoncés par les Political Action Committees (PAC), qui lèvent les fonds pour les candidats, il semblerait que Mitt Romney ait pris une longueur d’avance sur Sarah Palin. Il a en effet été capable de rassembler en 2009 plus $2.9 million contre $2.1 million pour Sarah Palin.

Le grand artisan de la victoire de Scott Brown sort lui assez rarement dans les medias et est du genre a éviter le mot de trop, le scandale… Deux stratégies et deux positionnements politiques complètement opposées donc.

Ces chiffres révèle aussi une volonté de l’establishment républicain de se distancer du mouvement des Tea Party pour promouvoir une droite plus modérée à même d’aller chercher à l’avenir les votes des indépendants.

Comment les Démocrates du Massachussetts ont été pris à leur propre piège

janvier 25, 2010

En 2004 lorsque John Kerry, sénateur du Massachussetts se présenta comme candidat à la présidentielle, l’assemblée du Massachussetts, outrancièrement dominée par les démocrates fit voter une loi requérant qu’une élection intermédiaire se tienne lors d’une vacance de l’un des sièges de Sénateur. En effet, pour des Démocrates persuadés que J. Kerry l’emporterait, il s’agissait d’éviter que Mitt Romney, alors gouverneur républicain du Massachussetts ne nomme son successeur. A l’époque on faisait confiance aux électeurs d’un Etat ou le nombre de Démocrates enregistré dépasse largement le nombre de Républicains pour maintenir la délégation sénatoriale de l’Etat dans le giron Démocrate.

Mais voila, aujourd’hui le gouverneur est démocrate et la règle impose qu’une élection se tienne pour trouver un remplaçant au siège du défunt Kennedy.

L’ironie c’est qu’à l’article de la mort Ted Kennedy demanda à ce qu’on revienne à l’ancienne méthode. En effet celui-ci pensait, tout comme bon nombre de démocrates, que Mitt Romney qui a une bonne cote de popularité dans l’Etat et un compte bancaire bien remplit, serait candidat. Aussi lorsque les démocrates virent que Romney ne se présenterait pas, préférant se préserver pour la présidentielle de 2012, les démocrates se sont dit que tout irait pour le mieux.

Vous connaissez la fin de l’histoire.

D’aucun serait surpris de l’instabilité des règles en matière électorale, établit par le politique pour favoriser son camp. Il en va ainsi ici aux Etats-Unis. Pensez à ce qui se fait en matière de découpage électorale et vous aurez un autre exemple de tripatouillage politique qui fausse l’équité d’un système politique démocratique. Jusqu’à ce que la justice s’en mêle on fait a peu prés ce qu’on veut.

Une semaine en enfer pour les démocrates

janvier 22, 2010

La deuxième mauvaise nouvelle de la semaine pour Obama vient de tomber. Car ce qui était prédit est arrivé. La Cour Suprême vient de casser la loi McCain-Feingold restreignant l’implication des corporations dans les campagnes électorales. Notamment leur droit à s’exprimer en leur nom propre dans les medias pour soutenir un candidat.

L’architecte de la décision, Justice Anthony Kennedy se justifie: « Aucun intérêt gouvernemental ne justifie une limitation la liberté d’expression de corporation à but lucrative ou non lucrative. » Le suprême premier amendement triomphe donc une fois de plus sur la volonté de moraliser la vie politique américaine.

Nous assistons en tout cas à l’une des décisions les plus politiques et les moins consensuelles qu’ait jamais émise la Cour.  5 voix contre 4, la voix du Chief justice a ici fait la différence. Cela démontre l’importance des nominations à la Cour. Or au cours de son mandat Obama pourrait avoir l’occasion de faire basculer l’équilibre politique de la Cour. Justice Stevens pourrait prendre sa retraite sous peu mais en l’occurrence il ne s’agirait que de remplacer un juge libéral par un juge libéral. Mais on parle de la retraite d’un autre membre dans les mois à venir.

Les conséquences de cette décision sont en  tout cas majeures. Elle renforce le poids des corporations aux dépens de petits contributeurs (qui ont fait le succès d’Obama). Mais comme je vous l’annonçais précédemment, le Président Obama a d’ors et déjà annonce qu’il préparait une riposte avec le Congres.

Obama réfléchit à une riposte législative du Congres. Il semble possible de réunir une majorité à la Chambre et au Senat. Mais aura-t-il le temps de faire adopter un tel texte avant novembre. Là est la question.

Pourquoi les démocrates ont perdu la bataille de la communication dans le Massachussetts ?

janvier 20, 2010

Voila le siège de Ted Kennedy, le lion “ liberal”, tombé dans l’escarcelle des républicains. L’Etat le plus démocrate des Etats-Unis, terre des Kennedy, qui dispose d’un système de couverture maladie quasi universel a voté massivement en faveur d’un républicain pour une élection fédérale.

Au sein des démocrates on blâme les responsables et on se pose des questions qui rappellent la dissolution de 1997 ? Fallait-il procéder à une élection maintenant ou attendre la « general election » de novembre (sachant que 5 Sénateurs remplaçants ont été nommés par le Gouverneur de l’Etat sans avoir été élus).

En premier lieu il faut blâmer la candidate. On accuse Martha Coakley de s’être reposer sur l’héritage de Kennedy et sur le passé démocrates dans cet Etat et de ne pas avoir fait campagne laissant la place à Brown pour occuper l’espace médiatique. Celui-ci en a profité pour amener le débat sur les enjeux locaux (gestion démocrate de l’Etat, historique des jugements de l’Attorney General Coakley…).

Preuve de cette suffisance du cotés démocrate, Martha Coakley n’a pas fait l’effort de récolter des fonds pour la campagne. Elle n’a pas non plus souhaité financer des sondages d’opinion qui lui auraient permis de se rendre compte de la progression de Brown. Une erreur de débutant diront certains. Ni publicité télévisé, ni sondage d’opinion cela commence à faire beaucoup pour une campagne politique ici aux Etats-Unis.

Pendant ce temps là, la machine républicaine se mettait en place dépêchant des tonnes de matériels et de personnels pour procéder à une campagne de terrain (en provenance non seulement du Massachussetts mais de toute la Nouvelle Angleterre), en mettant en place les systèmes d’analyse d’opinion et de GOTV (get out to vote) les plus perfectionnés. En effet, dans un Etat comme le Massachussetts, progressiste, le GOP a été en mesure de réunir autant de supporter.

Dans ce contexte la stratégie des républicains était de laisser le climat politique délétère faire son effet sur l’électorat sans à aucun moment nationaliser cette élection. Sans que les Démocrates ne s’en rendent vraiment compte, les républicains ont fait de cette élection une priorité sur le chemin de leur reconquête de 2012. Les Démocrates comprennent donc avec cette élection que l’on ne peut remporter une élection avec ses seules fidèles. Il faut aller séduire les indépendants. C’est ce qu’ont compris les républicains en jouant la carte du changement (lequel ?) plutôt que la carte populiste (Sarah Palin n’a pas mis les pieds dans l’Etat durant toute la campagne) pour capter un électorat déçu. Tout cela pour une belle victoire au finish.

La Massachussetts est un symbole, c’est l’Etat ou sont formées les élites politiques progressistes américaines (la Kennedy School of Government). Cette élection va rester pour longtemps dans les mémoires des démocrates. C’est aussi ressenti ici comme un Wake-Up call avant les élections de novembre prochain ? Nous verrons dans les semaines  si cela se traduit par un changement de stratégie.

Le Congrès veut reprendre la main sur la négociation des traites commerciaux.

janvier 13, 2010

Dans l’histoire du commerce extérieur des Etats-Unis il est un fait politique constant. Les partenaires commerciaux des Etats-Unis se montrent toujours perplexes lorsqu’il s’agit de sceller des accords d’échanges. En effet les accords passés et signés par le Président sont sujet à modification par le Congrès ce qui brouille les négociations.

Pour remédier à cette instabilité le Congrès avait voté en 1974  le Trade Act.  Mais il semblerait que le Congrès veuille revenir sur la méthode pour pouvoir dicter a nouveau ses conditions en matière de politique de Trade comme le prévoit la Constitution.
A travers la loi de 1974 il était prévu que le Congrès soit consulté, informé et impliqué par le Président tout au long de la négociation. Ensuite pour éviter que la ratification traine en longueur ou que l’accord ne soit modifié, il était institué une procédure dite de « fast track » dans laquelle le  temps de débat était limité, le filibustering interdit et les amendements aussi interdits.
Cette loi était effective jusqu’au 31 décembre 2007. Ce qui fait que nous sommes aujourd’hui revenu au régime de droit commun. Cela a pour le moins embarrassé le Président Bush qui ne fut pas en mesure de faire ratifier les 3 Traités qu’il avait négocié (qui concerne le Panama, la Coree du Sud et la Colombie) par un Congrès démocrates.
Ces Traités viennent aujourd’hui s’incruster dans l’agenda d’Obama avec une pression grandissante des parties pour une clarification de la position de l’Administration en matière de commerce extérieure. Sur le sujet les démocrates sont chauffés a blanc. Il faut dire que le Congres a été fortement néglige lors de la période Bush et que les Traités CAFTA et NAFTA sont très impopulaires aux Etats-Unis pour avoir précipité les délocalisations de nombreuses usines vers le Mexique et l’Amérique du Sud.
Les démocrates ont donc déposé sur le bureau des deux chambres des Bills dont le but est de restaurer le pouvoir de contrôle du Congrès  sur les accords d’échange. Ces Bills insiste notamment sur la nécessité d’inclure des standards en matière de droit du travail et de respect de l’environnement ainsi que de faire évaluer par le GAO les conséquences économiques dudit Traité. Pendant ce temps là,  le Président joue la montre avec ses partenaires commerciaux pour ne pas compromettre encore plus les chances démocrates en 2010.

Attention: Gerrymandering dans le Minnesota

janvier 6, 2010

Vous savez à quel point j’aime Michele Bachmann. Vous savez également qu’un redécoupage électoral doit avoir lieu début 2011 sur la base d’un recensement qui est actuellement mené à travers tout le pays.

Le Minnesota a perdu environ 100 000 habitants ces 10 dernières années ce qui conduit le porteur de la paire de ciseau à devoir effacer un district de la carte électorale de l’Etat du Minnesota. Les démocrates vont surement profiter de cette occasion pour redécouper le 6eme district de M Bachmann de façon à lui mettre des bâtons dans les roues pour l’élection de 2012. Michele, adepte de la désobéissance civique, a annoncé qu’elle comptait boycotter ce recensement et a appelé ses sympathisants à en faire de même au nom d’une certaine justice.

Le redécoupage électoral est une procédure très particulière que les institutions politiques dominent aux Etats-Unis. Nous sommes dans le pays du Gerrymandering n’oublions pas. Or les Démocrates veulent rendre la pareille au Républicains qui avait multiplié les abus lors du précédent redécoupage de 2001. Ce qu’ils font avec Michele et on ne va pas s’en plaindre.

Schwarzi dans le cabinet Obama

janvier 6, 2010

Dernière rumeur en date à Washington après que Schwarzi ait eu quelques bons mots pour Obama. Bill Ritter gouverneur du Colorado pourrait démissionner. Cela laisserait la place au Secrétaire d’Etat à l’intérieur Salazar de se présenter. Et Obama de nommer Schwarzenegger a son poste pour lancer un signal fort aux Républicains mais aussi aux Ecolos.

Le health care passe à la moulinette de la conférence. ( Actualisé )

décembre 30, 2009

A quoi va-t-on assister dans les prochains jours lors du processus de fusion (ou d’absorption) des deux bills? La scène qui pourrait être tragique pour les démocrates se jouera dans ce qu’on a coutume d’appeler la “troisième chambre”, la conférence ( l‘équivalent de notre commission mixte paritaire). En fait la situation dans laquelle nous nous trouvons, bien que d’importance, est exceptionnel. Seul 10% des bills passent par cette procédure. Elle se réunit surtout sur les bills les plus controversés puisque pour la grande majorité des textes la courtoisie parlementaire impose une adoption conforme par l’autre chambre.

Qui pour siéger dans cette conférence? Comment se repartir l’équilibre entre les pros et les antis public options, les pro choice et les pro life? C’est vraiment là que tout va se jouer. Car il s’agit de ménager les susceptibilités des uns et des autres.  En France le nombre de membres d’une commission mixte paritaire est limité par la constitution. Ce n’est pas le cas ici ou les leaders (et notamment les chairmans des committees qui ont un rôle décisif dans cette sélection) ne sont pas limités dans le nombre de conférencier. On a ainsi vu des conférences de 250 membres. Et pour la réforme du Health Care on devrait se rapprocher de ce nombre.

Les démocrates vont privilégier les réunions de négociations informelles de sorte a éviter les votes procédurales qui pourrait retarder le processus. Une partie de Ping Pong va donc se jouer ou le texte de loi va faire des allers retours entre les démocrates de la chambre et du Senat jusqu’a ce qu’un accord soit obtenu.

A priori les réunions de la conférence seront filmés et publics sauf si un vote décide du contraire. Mais je ne pense pas que cela sera le cas. Cette publicité des travaux devrait ajouter à la pression deja exercés sur les législateurs. Mais les véritables décisions seront de toute facon prises à hui clos dans le cadre de petits groupes de démocrates. Pour ce nouvel acte de la réforme du Health Care c’est la mise en scene du politique qui se poursuit mais dans un nouveau cadre.

Il faudra ensuite qu’une majorité de conférencier signe le rapport pour que le texte soit amené sur le floor des 2 chambres. Mais on en est pas encore là.

Additif: C Span la chaine câblé qui retransmet les débats du Congres aurait envoyé une lettre au président Obama lui demandant d’honorer une de ses promesses de campagne que tous les débats, y compris les réunions secrètes soient télévisés. Je doute qu’il fasse pression sur Reid et Pelosi dans un moment pareil pour obtenir gain de cause.


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